RIVKA AMOYELLE «Group collection 2004-2006»

Elle est née en 1979 et vit à Paris où elle poursuit ses études. Fascinée par les corps elle s’intéresse aux groupes qu’elle met en scène, en privilégiant les détails, la lumière, mais aussi la formation du groupe, façonné par ses soins.”La mise en scène photographique m’a permis d’accéder au regroupement et de découvrir l’expérience, à chaque fois inouïe, d’assister à la réalisation formelle du groupe”. Les références à l’histoire de l’art sont également une constante dans la composition de ces images. En mélangeant les codes des différents genres représentés, Amoyelle énonce la complexité de l’individu dans une société changeante et ses catégorisations symboliques. Ses photographies parlent de la fragilité de la communication et de la distance qui nous sépare. Ce travail témoigne de la fascination réciproque du photographe et de ses modèles, une coopération consciente où se glissent des questions de classe, abordant nos peurs et jouant avec les codes de conduite préétablis.
La série 2004-2006 continue de s’agrandir avec des portraits de groupe réalisés à Paris, Dakar et Saint. Pétersbourg.
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VERONIQUE BESNARD « Respiration muette »

“Respiration muette” est le titre de la série de photographies réalisées entre janvier et juin 2007 à Brighton, en Angleterre. C’est le fruit de rencontres avec des réfugiés et des demandeurs d’asile, des hommes et des femmes venant dans leur majorité d’Afrique et du Moyen-Orient. Véronique Besnard entretient avec eux une relation sensible à leurs préoccupations personnelles autant qu’aux événements marquants de leur vie. Ces photographies témoignent de son intérêt pour l’individu, s’intéressant particulièrement aux questions de dignité, déracinement et solitude. Des portraits qui apprivoisent leur personnalité fragilisée, mais aussi quelques paysages monotones, contraste saisissant avec leur origine exotique, ou des scènes d’intérieurs qui nous découvrent leurs modestes trésors, mémoire d’un ailleurs et vestiges d’une vie où tout était encore possible. “Avant d’arriver, ils savaient l’impossibilité de l’échec. En atteignant l’autre rive, ils prennent conscience d’une autre limite : l’impossibilité d’aller plus loin”. Véronique Besnard pose un regard discret sur la fragilité de l’être déraciné mais pas encore vaincu.
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Jean-Francois Fourmond « Résidents »

Jamais la vieillesse n’a été aussi peu attirante qu’au moment où on nous promet plusieurs décennies de longévité. Aborder un thème aussi sensible suppose d’impliquer le spectateur et de l’amener à regarder sereinement ce travail. Fourmond a photographié, dans des maisons de retraite médicalisées, des résidents atteints de la maladie d’Alzheimer ou simplement condamnés à la solitude. Dans ces lieux qui constituent un microcosme particulier fait de petites histoires intimes, les rapports entre les individus sont fondés sur un ensemble de règles mais aussi de soins et de protection. Emouvantes, les photos soulignent la fragilité et la dignité des êtres qui ont une attitude sans pathos face à l’objectif. Leur physionomie très expressive, par le seul fait d’être eux-mêmes, est bouleversante. L’état des lieux des murs peints de couleurs toniques ou pastelles, le registre de leurs activités quotidiennes, des portraits en apparence innocents, un dos, un profil dans la lumière d’une fenêtre, ou bien, brusquement, le regard effronté d’un homme qui semble s’abandonner à l’incertitude de la vie, composent une fresque où l’engagement du photographe répond aux attitudes personnelles et aux affinités de chacun.
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Ronan Guillou « Impressions ville »

« Impressions ville » est le fruit de longues déambulations dans les rues de grandes villes américaines. Ces villes qui sont pour Ronan Guillou « l’unique matériau, intégrant pêle-mêle lignes, formes, couleurs et êtres humains ». Le photographe y réalisent des images prises sur le vif, sans mise en scène, guettant dans des lieux banals l’instant précis où un personnage surgit et s’inscrit involontairement dans une scénographie proche du discours cinématographique. Ces images séduisantes, impeccable usage de la lumière, des ombres et des couleurs, semblent plus vraies que nature. Dans le théâtre des rues, les murs, les façades ou les vitrines agissent comme autant de cadres pour le regard de l’observateur. Le temps est suspendu, le soleil inonde toute l’étendue de la photo, une lumière crue et implacable projette des ombres noires. La couleur est vibrante, éblouissante. Ce travail est une déclaration d’amour à la ville, possible lieu de rencontre des hommes et des femmes qui le plus souvent se croisent dans les rues, dans les restaurants, sans jamais se revoir. Le droit à vivre librement l’aventure urbaine.
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Fred Lebain « Bibliothèques »

La proposition photographique de Lebain est riche d’éléments essentiels comme le jeu des apparences, la tromperie visuelle et la manipulation du spectateur. La simplicité apparente des choses est gommée par le geste transgresseur du photographe qui examine chez ses contemporains l’art et la manière de ranger leurs livres. “Notant le contenu (fonds et formes des livres) de différentes bibliothèques qu’il visite, il sculpte l’avatar de chaque livre dans sa matière première – le bois – et réordonne chacune d’entre elles avec ses nouveaux livres-objets, puis les photographie”. Ces images nous offrent un vrai-faux document sur des bibliothèques privées, autant qu’une réflexion sur la culture et sa représentation. Car il ne s’agit pas seulement de livres et de la manière de les ranger, mais d’un reflet autobiographique et personnel de leur propriétaire. Une transgression du photographe qui transcrit fidèlement la réalité d’une architecture fragile et éphémère.
Chaque photographie est légendée du titre d’un des livres choisi dans la bibliothèque.
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Diana Lui « Les Méduses »

Née en Malaisie, résidant à Paris, Diana Luí, après avoir transité sur trois continents, a réalisé durant les quinze dernières années une série de portraits, beaux tirages en noir et blanc, intitulée “les Méduses”. Une étude sur les individus et leur adaptation aux changements récents du monde. “En photographiant les autres, je tente de faire ré-émerger les racines et les origines enfouies de cette génération hybride”. Comme ces créatures marines, les personnes photographiées démontrent qu’elles sont capables de s’adapter et d’évoluer dans un habitat de plus en plus contraignant. Les conditions de prises de vue longues et méticuleuses permettent une certaine complicité qui fait affleurer les contrastes intérieurs comme le trouble ou l’assurance, l’originalité ou la vulnérabilité. Les modèles offrent à l’objectif l’essence même de leur être comme individu unique figé quelques instants dans la vie quotidienne. Des rencontres faites d’imprévus, d’échanges qui dépassent les seules apparences.
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Olivier Nord « Découverte/Prise de possession »

Depuis trois ans, Olivier Nord développe un projet photographique témoignant de l’urbanisation de la campagne française, une étude sur la présence humaine dans un paysage récemment métamorphosé. Il s’agit d’une topographie de lieux, d’espaces naturels ou urbains du territoire colonisé par un style de vie qui s’impose socialement et nous transforme individuellement. Une envie irrépressible de conformisme et de banalité. En regardant ces scènes de très loin, tout semble dérisoire. L’alignement des maisons construites sur un même modèle, à peu de distance les unes des autres, sur des terrains qui furent hier encore des champs, possède un surplus de réel. En parcourant les photographies d’Olivier Nord, nous apprécions sa maîtrise de la couleur et de la lumière, de la composition et du goût pour les détails mais aussi son besoin de documenter un changement d’usage du paysage : il n’hésite pas à installer sa chambre photographique en haute montagne ou en bord de mer dans des lieux précaires où la pression urbaine repousse encore plus loin notre besoin inhérent de nature -une nature belle mais domptée- et de liberté. Pourtant, le silence et la quiétude qui les habitent contribuent à créer une atmosphère de douceur, où la vie, figée un instant, devient image témoin de notre civilisation.
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Patrick Smith « Intra-Muros »
Comment raconter l’absence, comment expliquer l’abandon ? Ces deux inquiétudes intimement liées sont présentes dans le projet “intra muros” de Patrick Smith. La série de photographies réalisées à Paris, durant l’hiver, sur les conditions de vie des personnes sans domicile fixe, décrit les anomalies d’une géographie urbaine, de différents espaces publics altérés par des éléments presque invisibles, des traces d’une réalité souvent ignorée qui constitue cependant l’essentiel des préoccupations personnelles et visuelles du photographe. Devant une série d’indices à peine discernables, le spectateur est confronté à une réalité métaphoriquement signifiée. Smith prend fait et acte, mais refuse de montrer une image dramatique ou une preuve de misérabilisme. Bien que dérangeantes, ces images ne racontent pas une histoire de misère mais sont plutôt des signes des aléas de la vie. Moulés, des fragments de vie sont juxtaposés à une architecture banale. Le mimétisme, où les reliques d’un habitat précaire se confondent avec le paysage, est une constante qui favorise la révélation de complicités mystérieuses entre des mondes généralement opposés.
© Textes Chantal Grande