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Gimpel, aventurier de l'image

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LE MONDE| 15.02.08 | 16h07

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Présentation de l'exposition "Léon Gimpel (1873-1948), les audaces d'un photographe" au Musée d'Orsay (Paris-7e), jusqu'au 27 avril 2008.


C'est un drôle de personnage, expérimentateur acharné et touche-à-tout infatigable, que redécouvre le Musée d'Orsay, à Paris, dans une passionnante exposition. Léon Gimpel (1873-1948) n'a pas laissé beaucoup de traces dans l'histoire de la photographie. Et, pourtant, ce photoreporter de la première heure, pionnier de la couleur et technicien hors pair, a témoigné de la Belle Epoque dans des formes d'une étonnante modernité.

Les 185 plaques de verre sélectionnées parmi son oeuvre, léguée à la Société française de photographie (SFP), disent autant son éclectisme que sa virtuosité. Pour obtenir la meilleure image, Léon Gimpel était capable de tout : de mettre au point une plaque ultrasensible pour photographier de nuit, comme de monter au sommet de Notre-Dame. Il a laissé derrière lui aussi bien des reportages d'actualité que d'incroyables vues colorées des illuminations parisiennes.
De cet original passionné, on sait peu de chose, à part ses origines juives alsaciennes. Ses Mémoires, réunis dans de beaux cahiers richement illustrés, content avec panache ses exploits photographiques. Mais ils ne livrent rien de sa vie intime. Et, même dans ses autoportraits, le photographe se dérobe avec humour : il s'est photographié au Palais des glaces, totalement déformé.

C'est au magazine L'Illustration, auquel il a collaboré pendant trente ans, que Léon Gimpel s'est surtout distingué. Pour sortir du lot des autres "correspondants", il a l'idée en 1909 de photographier les pionniers de l'aviation du haut d'un dirigeable. Les compositions qu'il livre sont radicales, quasiment abstraites. Elles font sensation. "L'une de ces images, reprise par le quotidien Le Matin, a été vue par des millions de personnes, souligne Thierry Gervais, l'un des commissaires. Elle a contribué à modeler la culture visuelle de l'époque." Avec la vue en plongée, Léon Gimpel inaugure son "style". Pour montrer les foules, les défilés, la tour Eiffel ou même un bus tombé dans la Seine, il cherchera toujours le point de vue capable de lui offrir une vision décalée de la scène.

LES DÉFIS TECHNIQUES
Mais les images les plus étonnantes de Gimpel sont en couleurs, qu'il tient pour la "huitième merveille du monde". C'est lui qui présente l'autochrome, procédé inventé par les Frères Lumière, dans les locaux de L'Illustration en 1907. Il s'en fait ensuite l'interprète virtuose, perfectionnant la technique pour l'adapter aux prises de vue instantanées ou nocturnes. Sa splendide série sur les néons qui ornent Paris dans les années 1920 est emblématique à la fois de son goût pour la modernité et pour les défis techniques.

Gimpel signe aussi des séries singulières, très éloignées du photoreportage : en collaboration avec des scientifiques, il réalise des vues colorées au microscope et de délicats portraits de champignons. En 1915, en pleine "drôle de guerre", il s'inspire des dessins de Poulbot pour fabriquer d'hilarantes mises en scène : munis de faux canons et d'avions en carton, les enfants de Montmartre miment sans complexe exécutions capitales et attaques aériennes.

Pourquoi l'oeuvre de Gimpel est-elle tombée dans l'oubli ? Sans doute parce que ses plaques de verre, adaptées aux projections, se prêtent peu aux expositions - à Orsay, les petits autochromes alignés en rang serré ne sont pas d'un accès facile. Et, contrairement à Atget ou Lartigue, ses contemporains, Léon Gimpel n'avait pas d'ambition artistique, il visait moins l'effet esthétique que l'exploit photographique. Ce qui n'enlève rien au charme de ses images.


Le Musée d'Orsay


A propos

Cette page contient une note postée sur on février 17, 2008 4:06 PM.

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