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octobre 2008 Archives

octobre 1, 2008

Françoise Demulder, photographe

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Première femme à gagner le prestigieux prix World Press en 1977, la photoreporter Françoise Demulder est morte, mercredi 3 septembre à Paris, d'une attaque cardiaque. Elle avait 61 ans. Il est injuste de réduire un photographe à une image, surtout dans le cas de Françoise Demulder, mais celle qu'elle réalise dans la matinée du 18 janvier 1976 à Beyrouth, durant la guerre du Liban, et qui a été couronnée "meilleure photo de l'année" par le World Press, a marqué la profession et les lecteurs de journaux du monde entier.

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© Françoise Demulder - 1976

Cette photo en noir et blanc est prise au moment où les phalangistes chrétiens sont en train de raser le quartier palestinien de la Quarantaine à Beyrouth. Alors que les Palestiniens tentent d'échapper au massacre, Françoise Demulder saisit une Palestinienne implorant un soldat phalangiste cagoulé et armé d'un fusil de la seconde guerre mondiale.

Ce document a failli ne jamais être publié. Françoise Demulder travaillait alors pour Gamma, la grande agence photos de l'époque avec Sygma et Sipa, qui ont fait de Paris la capitale mondiale du photojournalisme dans les années 1970 et 1980. Or les responsables de Gamma à Paris, qui avaient réceptionné les pellicules deux semaines plus tard auprès d'un coursier passé en voiture par la Jordanie, n'avaient pas retenu cette image complexe qui offre plusieurs plans de lecture. De retour en France, Françoise Demulder a redonné sa chance à une image qui est devenue le symbole du drame palestinien durant cette guerre - elle fut placardée sur les murs de Beyrouth.

"Désormais, il n'y avait plus les bons chrétiens et les méchants Palestiniens ; les phalangistes ne me l'ont jamais pardonné", explique Françoise Demulder dans la série télévisée de Marie-Monique Robin, Les Cent Photos du siècle, diffusée sur Arte de 1998 à 2000 et adaptée en livre (Chêne 1999). La photographe ajoutait : "D'après mes informations, seuls la mère et son bébé (au second plan) ont survécu. Le milicien s'est tué en jouant à la roulette russe." "La photo m'a poursuivie pendant des années", confie Françoise Demulder, hantée par "la haine démentielle" du milicien. "C'était une véritable boucherie."

De cette image, est née une amitié entre son auteur et Yasser Arafat, le leader palestinien, dont elle a "couvert" l'exil à Tripoli, en Libye, et à qui elle a rendu visite en Tunisie. "Ils sautaient dans les bras l'un de l'autre", se souvient le photographe Christian Poveda, son ami depuis vingt-huit ans. C'est une image qui a renforcé la notoriété d'une photographe dont le parcours s'inscrit dans la tradition française du photojournalisme de l'époque - les années qui ont suivi le mouvement et les aspirations de Mai 68. Un parcours autodidacte et nourri par le goût de l'aventure.

Née le 9 juin 1947, fille d'un ingénieur électronicien, Françoise Demulder est une brune élégante et longiligne, qui devient d'abord mannequin. Elle gagne le Vietnam en guerre au début des années 1970 pour accompagner son compagnon de l'époque, Yves Billy, qui était photographe puis documentariste. "C'est ainsi qu'elle est devenue photographe", se souvient Christian Poveda.

La Guerre du Vietnam, très ouverte à la presse, a permis à de nombreux photographes d'apprendre leur métier sur le tas. "Françoise est venue à Saïgon, toute jeune, elle était jolie, très grande, extrêmement mince, toujours vêtue d'une blouse ample, de pantalons très français et de bottes de combat", se souvient Horst Faas, qui dirigeait les photographes de l'agence américaine Associated Press. Ce dernier ajoute : "Françoise et Yves Billy sillonnaient Saïgon en moto. Elle rentrait couverte de poussière. On lui a acheté des photos."

Le 30 avril 1975, elle prend une première image qui fait le tour du monde, lors de la chute de Saïgon. Postée dans le Palais présidentiel, elle est la seule photographe à saisir l'instant où les chars des Vietcongs font leur entrée dans la ville. Ainsi, dans un milieu d'hommes, Françoise Demulder a gagné au Vietnam puis au Cambodge une place respectée parmi les photographes de guerre, incarnant, avec Catherine Leroy et Christine Spengler, le visage féminin du photojournalisme français, réputé dans le monde entier. Mais autant Catherine Leroy était une boule de feu, "bruyante et agressive", dit Horst Faas, autant Françoise Demulder "parlait peu, était presque timide".

Du Vietnam, elle s'est ensuite rendue au Liban, avant de couvrir plusieurs conflits, notamment la guerre entre l'Irak et l'Iran, au début des années 1980, pour les grands magazines internationaux. Elle a aussi multiplié les reportages à Cuba, au Pakistan, en Ethiopie, et travaillé pour plusieurs agences - Sipa, Gamma, Corbis...

Cette passionnée des animaux était ensuite partie dans l'Antarctique photographier des pingouins. Ses amis photographes, réunis au festival de photojournalisme de Perpignan, ont salué le courage, le talent, la générosité et le "caractère bien trempé" de celle qu'ils appelaient tous "Fifi". "C'était une femme qui savait mieux que personne convaincre les gens de l'emmener sur le front", a déclaré le photographe Roland Neveu, qui l'avait rencontrée au Cambodge en 1975.

Touchée par une leucémie au début des années 2000, elle a ensuite été victime d'une erreur médicale qui l'avait laissée paraplégique, "sans jamais perdre son humour", a souligné le directeur du festival de photojournalisme, Jean-François Leroy. En 2003, des photographes ont organisé une vente de photos au profit d'une photographe qui n'avait aucune couverture sociale.

Michel Guerrin et Claire Guillot

LE MONDE

Raconter des histoires: une raison d’être de la photographie

Par Philippe Sérénon

Il y a mille et une manières de raconter des histoires : Proust est légendaire pour ses descriptions longues et précises, destinées à projeter le lecteur dans son imaginaire. Plus récemment, lire un livre de Jean Christophe Ruffin transforme le lecteur en réalisateur de cinéma qui voit le film se dérouler devant lui. Il est clair que le roman est un terrain d’élection parfait pour raconter des histoires dont c’est au fond
la fonction principale.

La photographie semble par sa compacité et la finitude de l’image représentée aux antipodes de la fonction de conter.

Pas si simple.

La photographie est un instant d’histoire, un moment qui ne se suffit pas à lui-même et force le spectateur à imaginer le contexte qui va avec. Elle est donc tout à la fois rigide et silencieuse mais en ce qu’elle nous force à voir au delà de la représentation, est finalement extrêmement plastique et lui offre un champ infini dans l’univers de référence auquel l’image est associée. Si on aime tant le Noir et Blanc, c’est bien parce qu’il fait encore plus appel à l’interprétation personnelle que la couleur qui par nature est plus réaliste.

Le photojournalisme est naturellement le terrain de prédilection de la photographie puisqu’il a par essence vocation à reporter d’une réalité. En ce début septembre, Visa, soutenu par Roger Therond et Paris Match depuis le début fête ses 20 ans à Perpignan et va offrir au visiteur la possibilité de voir des dizaines d’histoires, non ou insuffisamment publiées.

Certaines images sont rentrées dans la mémoire collective pour ce qu’elles racontent comme histoire. Qui ne se souvient de cette image qui décrit à elle seule les événements de la révolte des étudiants chinois au début des années 90? Tout est inscrit dans cette image : le rapport entre la force des tanks de l’armée et la fragilité de ce jeune homme armé de son seul sac plastique dérisoire, a une force d’interpellation exceptionnelle . Au delà de la symbolique, pour la 1ère fois, ce que personne ne pensait possible au regard des décennies de plomb de la politique chinoise qui fit 20 Millions de morts, on voit le pouvoir chinois qui recule. Les dirigeants chinois ont tiré la leçon de cette photo et ont su mettre en place
des barrières efficaces pour que de telles images ne puissent voir le jour pendant les récents JO. Et pourtant, les medias du monde entier ont bien essayé d’interpeller le public, notamment sur la question du Tibet…

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Le rôle de la photographie dans la politique n’est pas nouveau : dès sa naissance, Fenton et Brady, deux photographes américains du XIXème siècle, ont fait des images terribles du front pendant la guerre de sécession et les ont portées à cheval aux politiques de Washington. Le choc fut si violent sur les décideurs qu’il est avéré que ces images ont contribué à écourter la guerre pour arrêter le massacre.
Au tournant du XXème siècle, Kodak popularise le premier appareil grand public et c’est avec cet appareil que les soldats anglais de la guerre de 14 enverront à leur famille une image d’eux en tenue, dans les tranchées, inventant par la même occasion le portrait amateur.

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Si ces portraits ne racontent pas la grande histoire, ils racontent l’histoire de chacun et permettent à leurs familles respectives de se projeter vers lui et de renforcer la proximité.

Puis vient la photo de mariage : quel que soit le niveau social, dans le monde entier, ce moment de grande liesse ne peut pas ne pas être immortalisé. C’est une trace indispensable dans une histoire personnelle et les photographes professionnels du monde entier vont permettre à chacun démarrer dans sa vie de couple avec ce premier patrimoine.

Il y a quelques années, une étude marketing faite au x Etats Unis était éloquente à cet égard. Quand on posait la question au consommateur de savoir si sa maison brulait ce qui lui serait le plus cher à emporter s’il n'avait qu'un seul choix c’était ses photos. Car nous avons le sentiment de sauvegarder notre histoire personnelle, qu’elle soit en album ou dans des boites à chaussures. On ne les regarde pas souvent, mais
elles sont là et nous rassurent. C’est une sorte de garantie d’éternité par delà la mort, que l’on soit croyant ou non. Bref, on se dit que nos descendants pourront toujours raconter notre histoire…

Aujourd’hui, la sphère intime se restreignant par le seul fait que les outils de communication réduisent les possibilités de discrétion, nous consommons non seulement nos propres histoires mais celles de nos idoles. On ne peut pas passer l’été sans savoir quel maillot de bain portait Carla ou si Angelina Jolie avait bien supporté l’accouchement de ses jumeaux dont on dit que les sourires ont été retouchés sur Photoshop pour mieux raconter l’histoire de cette famille modèle…

Reste tout le champ de la photo appliquée, de la pub à la mode et à la beauté que nous consommons à longueur de magazines sur papier glacé. Elles ont pour fonction de nous indiquer l’histoire que l’on pourrait vivre si on achetait ses Todds et que l’on allait se promener à Portofino un jour de grand soleil au milieu des yachts. A travers l’image des mannequins, c’est le rêve d’une histoire putative que l’on ne vivra jamais mais qui nous renvoie une image idéalisée de nous même qui nous emporte et nous enthousiasme.

Grande histoire, histoire personnelle, histoire projetée, comment aurions- nous fait pour vivre sans représentation ?
La photographie est un des moyens les plus récents de raconter mais après Néandertal qui dessinait sur les murs de Lascaux ou de Cosquer, sont venus les sculpteurs assyriens, égyptiens, grecs et romains puis les peintres et tant d’autres artistes et modes d’expression (voir le musée du quai Branly).
Le besoin de raconter des histoires et de les illustrer est dans la nature humaine. Seul l’Islam refuse par principe la représentation, ce qui n’empêche pas de compter de formidables photographes musulmans !

A vos appareils numériques, faites des photos, partagez les sur papier ou en ligne et surtout écrivez votre tranche d’histoire …

octobre 21, 2008

Lee Miller, modèle et photographe, au Jeu de Paume

21/10/2008 | 09:55 par Valérie ODDOS

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Lee Miller, Autoportrait, 1932 (c) Lee Miller Archives, England, 2008

Cette égérie des surréalistes a brillé des deux côtés de l'objectif. Le Jeu de Paume lui rend hommage.
Une rétrospective en 140 oeuvres présente tous les aspects de la carrière de ce personnage mythique qui a tant marqué ceux qui l'ont rencontrée (jusqu'au 4 janvier).

D'abord mannequin, devenue l'assistante et la compagne de Man Ray, Lee Miller (1907-1977) a été aussi photographe de mode, puis photographe de guerre.

Elizabeth Miller, qui se fera plus tard appeler Lee, sert d'abord de modèle à son père, photographe amateur. En 1927, elle commence à poser pour le magazine Vogue américain et sert de modèle à de grands photographes comme Edward Steichen.

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Toute la vie de Lee Miller sera une quête de liberté, tant dans sa vie privée que dans sa carrière. "La chose la plus importante pour moi est d'être libre", disait-elle. Considérée comme une des plus belles femmes de son époque, elle pose en costume de bain ou en robe de sport, incarnant en image l'avènement d'une femme libérée.

Elle est sublime, sous un chapeau blanc, dans l'objectif d'Edward Steichen. C'est lui qui lui aurait donné envie de devenir photographe, et qui l'aurait introduite auprès de Man Ray. Installée à Paris en 1929, elle devient l'assistante, le modèle et la compagne de cette figure du surréalisme. Elle a rencontré toute l'avant-garde artistique de l'époque, Picasso, Max Ernst, Paul Eluard, Dali, Cocteau, Duchamp...

Lee Miller continue à travailler dans la mode, posant et photographiant pour l'édition française de Vogue. Elle fait des photos d'inspiration surréaliste, utilisant le procédé de solarisation qu'elle a inventé par hasard avec Man Ray.

En 1932, Lee Miller quitte Man Ray et repart pour New York où elle s'affirme comme photographe, même si elle continue à poser. Elle fait même les deux à la fois dans un autoportrait publié dans Vogue. Elle monte son propre studio où elle fait des portraits de personnalités. Elle est exposée comme une artiste à part entière.

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Mais Lee Miller n'a pas fini de bouger. En 1934 elle épouse à New York un riche Egyptien, Aziz Eloui Bey, directeur général dans un ministère, et part vivre au Caire. La lumière de l'Egypte lui vaut de belles images d'architecture, de nature ou de rues. Elle fait des vues graphiques de monastères, une ombre de la grande pyramide. Son Portrait de l'espace, désert vu à travers une moustiquaire déchirée, inspirera à Magritte son Baiser.

En 1937, elle est revenue à Paris où elle a revu tous ses amis de l'avant-garde artistique, rencontré le peintre et poète surréaliste britannique Roland Penrose qui devient son amant. Suivent des allers et retours entre l'Egypte et la France. Elle choisit finalement de s'installer avec Penrose à Londres. Là s'ouvre un nouveau chapitre de sa carrière: elle s'initie au photojournalisme, toujours pour Vogue.

Dans un film projeté dans le cadre de l'exposition (Lee Miller ou la traversée du miroir, de Sylvain Roumette), le photographe américain David Scherman, qu'elle a connu à cette époque et qui a été son amant, décrit la vie très libre qu'elle menait avec Roland Penrose. Visiblement marqué à vie par sa rencontre, il décrit une femme chaleureuse, pleine de talent et surtout d'humour. Lee fait d'abord des photos du Blitz, puis part pour la France en 1944, comme correspondante de guerre. Scherman souligne l'aspect toujours surréaliste de ses images. Ce qui l'intéresse, c'est l'extraordinaire, l'incongru.

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Pendant la guerre, elle n'a pas besoin de le chercher bien loin, l'inimaginable se présente de lui-même. Lee Miller était là lors des combats en Normandie et à Saint-Malo, à la libération de Paris, elle fait partie des premiers à entrer à Dachau où à Buchenwald, où elle photographie les tas de cadavres, un gardiens SS noyé, un autre pendu, les fours crématoires, une Allemande suicidée. Elle s'installe avec les GI dans l'appartement d'Hitler à Munich, où, image des plus inattendues, Scherman la photographie dans la baignoire du dictateur.

De retour en Angleterre, Lee Miller se marie avec Roland Penrose et abandonne peu à peu la photo. Son dernier travail publié date de 1953: intitulée Working Guests (invités au travail), c'est une drôle de série de photos de grands figures de la scène artistique, invités dans la ferme des Penrose, de Saul Steinberg à Max Ernst, maniant le tuyau d'arrosage ou nourrissant les cochons.

Visiblement marquée par les horreurs de la guerre, celle qui avait illuminé les milieux artistiques des années 1930 cache ses photos dans son grenier et se fait oublier. C'est son fils, Antony Penrose, qui a ressorti, à sa mort, des milliers de clichés, et écrit sa premier biographie, en 1985 (The Lives of Lee Miller, les vies de Lee Miller).

Culture France 2

Jeu de Paume

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