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Françoise Demulder, photographe

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Première femme à gagner le prestigieux prix World Press en 1977, la photoreporter Françoise Demulder est morte, mercredi 3 septembre à Paris, d'une attaque cardiaque. Elle avait 61 ans. Il est injuste de réduire un photographe à une image, surtout dans le cas de Françoise Demulder, mais celle qu'elle réalise dans la matinée du 18 janvier 1976 à Beyrouth, durant la guerre du Liban, et qui a été couronnée "meilleure photo de l'année" par le World Press, a marqué la profession et les lecteurs de journaux du monde entier.

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© Françoise Demulder - 1976

Cette photo en noir et blanc est prise au moment où les phalangistes chrétiens sont en train de raser le quartier palestinien de la Quarantaine à Beyrouth. Alors que les Palestiniens tentent d'échapper au massacre, Françoise Demulder saisit une Palestinienne implorant un soldat phalangiste cagoulé et armé d'un fusil de la seconde guerre mondiale.

Ce document a failli ne jamais être publié. Françoise Demulder travaillait alors pour Gamma, la grande agence photos de l'époque avec Sygma et Sipa, qui ont fait de Paris la capitale mondiale du photojournalisme dans les années 1970 et 1980. Or les responsables de Gamma à Paris, qui avaient réceptionné les pellicules deux semaines plus tard auprès d'un coursier passé en voiture par la Jordanie, n'avaient pas retenu cette image complexe qui offre plusieurs plans de lecture. De retour en France, Françoise Demulder a redonné sa chance à une image qui est devenue le symbole du drame palestinien durant cette guerre - elle fut placardée sur les murs de Beyrouth.

"Désormais, il n'y avait plus les bons chrétiens et les méchants Palestiniens ; les phalangistes ne me l'ont jamais pardonné", explique Françoise Demulder dans la série télévisée de Marie-Monique Robin, Les Cent Photos du siècle, diffusée sur Arte de 1998 à 2000 et adaptée en livre (Chêne 1999). La photographe ajoutait : "D'après mes informations, seuls la mère et son bébé (au second plan) ont survécu. Le milicien s'est tué en jouant à la roulette russe." "La photo m'a poursuivie pendant des années", confie Françoise Demulder, hantée par "la haine démentielle" du milicien. "C'était une véritable boucherie."

De cette image, est née une amitié entre son auteur et Yasser Arafat, le leader palestinien, dont elle a "couvert" l'exil à Tripoli, en Libye, et à qui elle a rendu visite en Tunisie. "Ils sautaient dans les bras l'un de l'autre", se souvient le photographe Christian Poveda, son ami depuis vingt-huit ans. C'est une image qui a renforcé la notoriété d'une photographe dont le parcours s'inscrit dans la tradition française du photojournalisme de l'époque - les années qui ont suivi le mouvement et les aspirations de Mai 68. Un parcours autodidacte et nourri par le goût de l'aventure.

Née le 9 juin 1947, fille d'un ingénieur électronicien, Françoise Demulder est une brune élégante et longiligne, qui devient d'abord mannequin. Elle gagne le Vietnam en guerre au début des années 1970 pour accompagner son compagnon de l'époque, Yves Billy, qui était photographe puis documentariste. "C'est ainsi qu'elle est devenue photographe", se souvient Christian Poveda.

La Guerre du Vietnam, très ouverte à la presse, a permis à de nombreux photographes d'apprendre leur métier sur le tas. "Françoise est venue à Saïgon, toute jeune, elle était jolie, très grande, extrêmement mince, toujours vêtue d'une blouse ample, de pantalons très français et de bottes de combat", se souvient Horst Faas, qui dirigeait les photographes de l'agence américaine Associated Press. Ce dernier ajoute : "Françoise et Yves Billy sillonnaient Saïgon en moto. Elle rentrait couverte de poussière. On lui a acheté des photos."

Le 30 avril 1975, elle prend une première image qui fait le tour du monde, lors de la chute de Saïgon. Postée dans le Palais présidentiel, elle est la seule photographe à saisir l'instant où les chars des Vietcongs font leur entrée dans la ville. Ainsi, dans un milieu d'hommes, Françoise Demulder a gagné au Vietnam puis au Cambodge une place respectée parmi les photographes de guerre, incarnant, avec Catherine Leroy et Christine Spengler, le visage féminin du photojournalisme français, réputé dans le monde entier. Mais autant Catherine Leroy était une boule de feu, "bruyante et agressive", dit Horst Faas, autant Françoise Demulder "parlait peu, était presque timide".

Du Vietnam, elle s'est ensuite rendue au Liban, avant de couvrir plusieurs conflits, notamment la guerre entre l'Irak et l'Iran, au début des années 1980, pour les grands magazines internationaux. Elle a aussi multiplié les reportages à Cuba, au Pakistan, en Ethiopie, et travaillé pour plusieurs agences - Sipa, Gamma, Corbis...

Cette passionnée des animaux était ensuite partie dans l'Antarctique photographier des pingouins. Ses amis photographes, réunis au festival de photojournalisme de Perpignan, ont salué le courage, le talent, la générosité et le "caractère bien trempé" de celle qu'ils appelaient tous "Fifi". "C'était une femme qui savait mieux que personne convaincre les gens de l'emmener sur le front", a déclaré le photographe Roland Neveu, qui l'avait rencontrée au Cambodge en 1975.

Touchée par une leucémie au début des années 2000, elle a ensuite été victime d'une erreur médicale qui l'avait laissée paraplégique, "sans jamais perdre son humour", a souligné le directeur du festival de photojournalisme, Jean-François Leroy. En 2003, des photographes ont organisé une vente de photos au profit d'une photographe qui n'avait aucune couverture sociale.

Michel Guerrin et Claire Guillot

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Cette page contient une note postée sur on octobre 1, 2008 4:35 PM.

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