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Lee Miller, modèle et photographe, au Jeu de Paume

21/10/2008 | 09:55 par Valérie ODDOS

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Lee Miller, Autoportrait, 1932 (c) Lee Miller Archives, England, 2008

Cette égérie des surréalistes a brillé des deux côtés de l'objectif. Le Jeu de Paume lui rend hommage.
Une rétrospective en 140 oeuvres présente tous les aspects de la carrière de ce personnage mythique qui a tant marqué ceux qui l'ont rencontrée (jusqu'au 4 janvier).

D'abord mannequin, devenue l'assistante et la compagne de Man Ray, Lee Miller (1907-1977) a été aussi photographe de mode, puis photographe de guerre.

Elizabeth Miller, qui se fera plus tard appeler Lee, sert d'abord de modèle à son père, photographe amateur. En 1927, elle commence à poser pour le magazine Vogue américain et sert de modèle à de grands photographes comme Edward Steichen.

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Toute la vie de Lee Miller sera une quête de liberté, tant dans sa vie privée que dans sa carrière. "La chose la plus importante pour moi est d'être libre", disait-elle. Considérée comme une des plus belles femmes de son époque, elle pose en costume de bain ou en robe de sport, incarnant en image l'avènement d'une femme libérée.

Elle est sublime, sous un chapeau blanc, dans l'objectif d'Edward Steichen. C'est lui qui lui aurait donné envie de devenir photographe, et qui l'aurait introduite auprès de Man Ray. Installée à Paris en 1929, elle devient l'assistante, le modèle et la compagne de cette figure du surréalisme. Elle a rencontré toute l'avant-garde artistique de l'époque, Picasso, Max Ernst, Paul Eluard, Dali, Cocteau, Duchamp...

Lee Miller continue à travailler dans la mode, posant et photographiant pour l'édition française de Vogue. Elle fait des photos d'inspiration surréaliste, utilisant le procédé de solarisation qu'elle a inventé par hasard avec Man Ray.

En 1932, Lee Miller quitte Man Ray et repart pour New York où elle s'affirme comme photographe, même si elle continue à poser. Elle fait même les deux à la fois dans un autoportrait publié dans Vogue. Elle monte son propre studio où elle fait des portraits de personnalités. Elle est exposée comme une artiste à part entière.

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Mais Lee Miller n'a pas fini de bouger. En 1934 elle épouse à New York un riche Egyptien, Aziz Eloui Bey, directeur général dans un ministère, et part vivre au Caire. La lumière de l'Egypte lui vaut de belles images d'architecture, de nature ou de rues. Elle fait des vues graphiques de monastères, une ombre de la grande pyramide. Son Portrait de l'espace, désert vu à travers une moustiquaire déchirée, inspirera à Magritte son Baiser.

En 1937, elle est revenue à Paris où elle a revu tous ses amis de l'avant-garde artistique, rencontré le peintre et poète surréaliste britannique Roland Penrose qui devient son amant. Suivent des allers et retours entre l'Egypte et la France. Elle choisit finalement de s'installer avec Penrose à Londres. Là s'ouvre un nouveau chapitre de sa carrière: elle s'initie au photojournalisme, toujours pour Vogue.

Dans un film projeté dans le cadre de l'exposition (Lee Miller ou la traversée du miroir, de Sylvain Roumette), le photographe américain David Scherman, qu'elle a connu à cette époque et qui a été son amant, décrit la vie très libre qu'elle menait avec Roland Penrose. Visiblement marqué à vie par sa rencontre, il décrit une femme chaleureuse, pleine de talent et surtout d'humour. Lee fait d'abord des photos du Blitz, puis part pour la France en 1944, comme correspondante de guerre. Scherman souligne l'aspect toujours surréaliste de ses images. Ce qui l'intéresse, c'est l'extraordinaire, l'incongru.

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Pendant la guerre, elle n'a pas besoin de le chercher bien loin, l'inimaginable se présente de lui-même. Lee Miller était là lors des combats en Normandie et à Saint-Malo, à la libération de Paris, elle fait partie des premiers à entrer à Dachau où à Buchenwald, où elle photographie les tas de cadavres, un gardiens SS noyé, un autre pendu, les fours crématoires, une Allemande suicidée. Elle s'installe avec les GI dans l'appartement d'Hitler à Munich, où, image des plus inattendues, Scherman la photographie dans la baignoire du dictateur.

De retour en Angleterre, Lee Miller se marie avec Roland Penrose et abandonne peu à peu la photo. Son dernier travail publié date de 1953: intitulée Working Guests (invités au travail), c'est une drôle de série de photos de grands figures de la scène artistique, invités dans la ferme des Penrose, de Saul Steinberg à Max Ernst, maniant le tuyau d'arrosage ou nourrissant les cochons.

Visiblement marquée par les horreurs de la guerre, celle qui avait illuminé les milieux artistiques des années 1930 cache ses photos dans son grenier et se fait oublier. C'est son fils, Antony Penrose, qui a ressorti, à sa mort, des milliers de clichés, et écrit sa premier biographie, en 1985 (The Lives of Lee Miller, les vies de Lee Miller).

Culture France 2

Jeu de Paume

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